
Falsifier son CV au Québec : quand une “petite amélioration” peut coûter très cher
Une infirmière française a perdu son droit de pratique au Québec après des documents jugés faux ou trompeurs. Ce cas rappelle pourquoi un CV doit rester vérifiable, cohérent et honnête.

Une récente affaire rapportée par Le Journal de Montréal rappelle une réalité souvent sous-estimée par les candidats : un CV n’est pas seulement un outil pour attirer l’attention d’un employeur. Dans certains secteurs, notamment la santé, l’éducation, l’ingénierie, la comptabilité ou les métiers réglementés, il peut devenir une pièce centrale d’un dossier professionnel. Et s’il contient des informations fausses ou trompeuses, les conséquences peuvent dépasser de loin un simple refus d’embauche.
Selon Le Journal de Montréal, une infirmière française arrivée au Québec en janvier 2022 aurait fourni des informations fausses ou inexactes dans le cadre de l’obtention de son permis et de son emploi. Le Conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec l’a reconnue coupable de deux chefs d’infraction, notamment pour fraude et falsification de documents. Le média rapporte aussi qu’elle aurait ajouté plus de 3000 heures fictives d’expérience dans une clinique en France. (Le Journal de Montréal)
Ce dossier est particulièrement parlant pour les candidats formés à l’étranger. Au Québec, les ordres professionnels ne regardent pas uniquement le diplôme. Ils peuvent aussi vérifier les heures travaillées, les fonctions réellement exercées, les attestations d’employeur, les lieux de pratique, les dates et la cohérence globale du parcours. Pour les infirmières et infirmiers diplômés de France admissibles à l’arrangement de reconnaissance mutuelle, le règlement prévoit notamment l’inscription au Tableau de l’Ordre national des infirmiers de France et, dans certains cas, au moins 500 heures d’exercice au cours des quatre années précédant la demande de permis. (Légis Québec)
L’affaire montre aussi que le problème ne se limite pas au CV lui-même. Le rôle des audiences du Conseil de discipline de l’OIIQ indiquait que la plainte reprochait à l’infirmière de s’être rendue coupable de fraude dans l’obtention de son permis en fournissant de faux documents concernant son expérience de travail, ainsi que d’avoir falsifié des attestations d’expérience professionnelle fausses ou trompeuses quant à son niveau de compétence et d’expérience.
Le CV n’est pas une fiction professionnelle

Sur CVQUEBEC, nous insistons souvent sur l’importance d’un CV convaincant, clair et adapté au marché québécois. Mais convaincre ne veut jamais dire inventer.
Il y a une différence majeure entre :
mettre en valeur une expérience réelle, par exemple en expliquant mieux vos responsabilités, vos résultats ou vos compétences transférables;
et modifier la réalité, par exemple en ajoutant des heures non travaillées, un poste jamais occupé, un titre supérieur au titre réel, un faux employeur, un diplôme non obtenu ou une attestation arrangée.
La première démarche est normale et recommandée. La seconde peut devenir une fausse déclaration, voire un problème disciplinaire, administratif ou judiciaire selon le contexte.
Dans les professions réglementées, cette frontière est encore plus sensible. Un employeur peut embaucher une personne sur la base de son CV. Un ordre professionnel peut aussi accorder un permis ou une autorisation sur la base d’attestations et d’expériences déclarées. Si ces informations sont fausses, ce n’est plus seulement une question de candidature : cela touche la protection du public, la sécurité des patients ou des usagers, et la confiance envers la profession.
Le Code de déontologie des infirmières et infirmiers du Québec rappelle d’ailleurs que l’infirmière ou l’infirmier doit agir avec intégrité, ne pas abuser de la confiance de son client, tenir compte des limites de ses habiletés et connaissances, et ne pas induire volontairement en erreur une personne avec laquelle il est en rapport dans l’exercice de sa profession. (Légis Québec)
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Pourquoi certains candidats prennent ce risque?

Il faut aussi comprendre la pression que vivent plusieurs personnes immigrantes ou formées à l’étranger. Elles peuvent avoir un bon parcours, mais se heurter à des exigences administratives complexes : reconnaissance du diplôme, attestations d’expérience, preuves d’heures travaillées, équivalences, ordres professionnels, permis, délais, exigences linguistiques ou employeurs qui demandent une expérience canadienne.
Cette pression peut pousser certains candidats à “arranger” leur CV. Parfois, ils pensent seulement reformuler. Parfois, ils ajoutent des responsabilités qu’ils ont observées mais jamais exercées. Parfois, ils gonflent les dates pour cacher une interruption. Parfois, ils utilisent un titre plus prestigieux que leur titre réel.
C’est une très mauvaise stratégie.
Un CV efficace au Québec n’a pas besoin d’être parfait. Il doit être crédible. Un parcours avec des trous, des changements, une réorientation ou une expérience internationale peut très bien se défendre, à condition d’être expliqué correctement.
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Ce qu’il faut faire à la place

Avant d’envoyer votre CV, surtout dans un domaine réglementé, posez-vous quatre questions simples :
Est-ce que chaque emploi indiqué peut être confirmé par un employeur, une attestation, un contrat, une fiche de paie ou un document officiel?
Est-ce que mes dates sont cohérentes avec mes diplômes, mes permis, mon arrivée au Canada et mes autres démarches?
Est-ce que mon titre correspond vraiment au poste occupé dans le pays d’origine et au vocabulaire québécois?
Est-ce que mes compétences déclarées correspondent à ce que je suis réellement capable de faire aujourd’hui?
Si la réponse est non, il ne faut pas inventer. Il faut reformuler.
Par exemple, au lieu d’écrire “infirmière clinicienne” si ce titre ne correspond pas à votre droit d’exercice au Québec, il peut être préférable d’écrire : “infirmière diplômée à l’étranger — démarche de reconnaissance en cours”. Au lieu de prétendre avoir travaillé dans un service spécialisé, il vaut mieux préciser les unités réelles, les types de patients accompagnés et les soins réellement effectués.
L’honnêteté n’affaiblit pas un CV. Au contraire, elle renforce sa crédibilité.
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La vraie leçon pour les candidats

Cette affaire n’est pas seulement une histoire individuelle. Elle rappelle une règle essentielle : au Québec, un bon CV doit être stratégique, mais jamais trompeur.
Votre objectif n’est pas d’avoir le CV le plus impressionnant possible. Votre objectif est d’avoir un CV solide, cohérent, vérifiable et adapté au poste visé.
Chez CVQUEBEC, notre approche va dans ce sens : vous aider à mieux présenter votre parcours, à utiliser les bons mots-clés, à adapter votre profil au marché québécois et à éviter les erreurs qui peuvent nuire à votre candidature. Mais aucune optimisation ne doit remplacer la vérité.
Un CV peut ouvrir une porte. Mais s’il repose sur des informations fausses, cette porte peut se refermer brutalement — parfois avec des conséquences professionnelles durables.
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